Banquier, vendeur, équipe, médecins du quartier : quand vous préparez une installation, tous vos interlocuteurs finissent par poser la même question. Quelle pharmacie voulez-vous construire ? Le prix, l’emplacement, le chiffre d’affaires et la rentabilité comptent, mais c’est votre vision qui donne sa cohérence au projet. Elle oriente le choix de l’officine, le plan de financement, le recrutement et l’agencement.
Pour l’illustrer, nous partageons plus bas notre propre vision de l’officine de demain. Elle n’est que la nôtre : ce n’est ni la seule voie possible, ni une vérité tranchée sur ce qu’il faut faire. C’est un exemple, pour montrer comment une vision se traduit en choix concrets.
Pourquoi formuler une vision avant de choisir votre officine
- Pour choisir la bonne pharmacie. Une officine de centre-ville très passante, une pharmacie rurale ou une officine voisine d’une maison de santé ne permettent pas le même projet.
- Pour convaincre. Un vendeur et une banque sont plus rassurés par un projet clair et chiffré que par une simple envie de s’installer. Nous en parlions dans notre article sur la crédibilité de l’acquéreur.
- Pour fédérer une équipe. Préparateurs et adjoints s’engagent plus facilement quand ils savent où va l’officine.
- Pour arbitrer. Une vision aide aussi à dire non : à une surface qui ne s’y prête pas, à un investissement qui ne sert pas le projet.
La démarche, étape par étape
1. Clarifier ce que vous voulez apporter
Partez de vous : votre parcours, vos compétences, ce qui vous motive dans le métier. Prévention, suivi des patients chroniques, maintien à domicile, orthopédie, nutrition, dermocosmétique, vaccination… Quelques axes forts valent mieux qu’une longue liste. Mettez-les par écrit, en une page. Ce texte vous servira face au vendeur, à la banque et à votre future équipe.
2. Observer le territoire et ses patients
Une vision doit répondre à un besoin réel. Regardez l’âge de la population, l’offre de soins autour et son évolution (médecins et leurs départs en retraite à venir, infirmiers, kinésithérapeutes, maison de santé), les autres pharmacies du secteur, et ce qui manque aujourd’hui aux patients.
3. Choisir une officine compatible avec votre projet
Surface, agencement possible, espace de confidentialité pour les entretiens (clos s’il doit accueillir la vaccination), équipe en place, horaires, accès et stationnement : en visitant une pharmacie, demandez-vous si votre projet peut y prendre forme, et à quel coût.
4. Traduire la vision en plan de financement
Chaque ambition a un coût et un rendement : missions déjà ouvertes au pharmacien mais à développer (entretiens pharmaceutiques, bilans partagés de médication, vaccination, dépistages), travaux d’agencement, outils numériques, formation et recrutement. Avec votre expert-comptable, distinguez ce qui sera fait dès la reprise et ce qui viendra dans un second temps.
5. Vous entourer
Transactionnaire, expert-comptable, avocat, banque, groupement, agenceur : chacun aide à rendre la vision réaliste. Un projet d’installation ne se porte pas seul.
6. Incarner la vision au quotidien
Une fois l’officine reprise, c’est à vous d’incarner votre vision. Vous la partagez avec l’équipe, vous l’expliquez aux patients et aux prescripteurs, vous la confrontez au terrain. Elle évoluera, et c’est souhaitable.
Un exemple : notre vision de la pharmacie du futur
Voici comment nous imaginons, à titre d’exemple, une officine qui devient un lieu de prévention, de dépistage et d’accompagnement personnalisé, avec un parcours qui commence avant la visite et se poursuit à domicile.
- Préparer la visite en ligne. Le patient transmet son ordonnance en amont. Une IA aide l’équipe à préparer la demande et à vérifier les stocks et la disponibilité des médicaments.
- Accueillir et réaliser un premier bilan. En pharmacie, une borne propose des questions adaptées et des mesures avec des appareils connectés, comme un tensiomètre. Ces informations enrichissent le dossier du patient et préparent l’entretien avec le pharmacien.
- Construire un accompagnement personnalisé. Selon ses besoins et son souhait, le patient bénéficie d’un entretien pour définir des objectifs de prévention, des améliorations de ses habitudes de vie et un protocole avec des rendez-vous de suivi.
- Personnaliser la délivrance. Le pharmacien vérifie l’ordonnance et délivre le traitement. À terme, le concept prévoit une impression 3D de médicaments à partir d’une trentaine de principes actifs, pour adapter les doses et les quantités aux besoins du patient.
- Suivre le traitement dans la durée. Le patient reçoit son protocole, des rappels et, si nécessaire, des outils connectés pour suivre l’efficacité et la tolérance du traitement. Les mesures et les échanges sont historisés.
- Coordonner les professionnels de santé. Les informations utiles au suivi sont partagées, avec l’accord du patient, avec son médecin, son infirmier, son kinésithérapeute et les autres professionnels concernés.
Dans ce modèle, la technologie facilite la préparation, les mesures et le suivi, tandis que le pharmacien reste au cœur du conseil, de la délivrance et de la relation avec le patient.
Certaines briques de ce parcours existent déjà dans de nombreuses officines : ordonnance transmise avant la visite, entretiens pharmaceutiques, vaccination, tests de dépistage (angine, cystite), appareils de mesure. D’autres relèvent encore de la prospective, comme l’impression 3D de médicaments, qui n’en est en France qu’au stade de la recherche et des projets pilotes, sans cadre réglementaire propre à l’officine. Adapter les quantités est en revanche déjà possible pour certains médicaments, comme les antibiotiques délivrés à l’unité.
Les mesures, l’historique et les échanges de ce parcours sont des données de santé couvertes par le secret professionnel. Le patient en est informé, leur hébergement chez un prestataire exige la certification HDS, et leur partage avec les autres soignants passe par des outils sécurisés comme Mon espace santé ou la messagerie sécurisée de santé.
Ce que cet exemple dit de la démarche
Cette vision n’est pas une recette. Une officine rurale pourra miser sur le maintien à domicile, une pharmacie de centre commercial sur l’amplitude horaire et le conseil, une autre sur un domaine d’expertise. Ce qui compte, c’est la cohérence : chaque choix doit servir la vision. Dans notre exemple, le premier bilan en pharmacie suppose un espace de confidentialité et des appareils de mesure. L’accompagnement personnalisé demande du temps de pharmacien et une équipe formée aux entretiens. La coordination se prépare dès l’installation, en allant rencontrer les médecins, infirmiers et kinésithérapeutes du secteur. Votre vision se traduira, elle aussi, en surface, en équipement, en recrutement et en partenariats. C’est ce que vos interlocuteurs attendent de voir dans un projet d’installation.
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